Kattalin Fortuné et Hervé Baro, conseillers départementaux des Corbières, reviennent sur "l’enjeu central" du territoire, un an après le mégafeu. Un sujet clé qui nécessite d’enfin rationaliser l’accès à l’or bleu.
Kattalin Fortuné et Hervé Baro, conseillers départementaux des Corbières, reviennent sur "l’enjeu central" du territoire, un an après le mégafeu. Un sujet clé qui nécessite d’enfin rationaliser l’accès à l’or bleu.
Vendredi 31 juillet, c’est entourés des maires de Ribaute, Fontcouverte, Tournissan, Lagrasse, Fabrezan et Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse que Kattalin Fortuné et Hervé Baro, conseillers départementaux des Corbières, conduisaient une réunion dédiée à la déclaration d’intérêt général et d’urgence (DIGU) pour "les travaux d’exploitation des bois brûlés et d’aménagement pour la protection et la sécurisation des massifs forestiers impactés par le feu des Corbières".
Une 1re étape destinée à traiter et évacuer 164 000 m3 de bois calcinés avant le terme de cette DIGU, en mars 2028, avec 5,5 M€ inscrits au budget du Département, en plus du Plan d’habitabilité de 10 M€ voté en septembre 2025. Un chantier titanesque, illustré par l’envoi de 3 000 courriers recommandés aux propriétaires privés concernés par les 13 925 ha du périmètre. Imposant programme, qui pose aussi la question de la défense des forêts contre les incendies (DFCI). La DFCI, "le sujet de la rentrée et des mois qui suivront, avec l’eau", résume Hervé Baro. Un "or bleu" au croisement de tous les enjeux qui permettront – ou non – aux Corbières d’être encore habitables, dans 5, 10 ou 50 ans. Une projection qui nécessite de ne pas se laisser aveugler par l’improbable hiver 2025-2026, le plus pluvieux depuis 40 ans (+ 229 % par rapport à la normale). Mais vite effacé : les mois de juin et juillet 2026 ont signifié le début d’été le plus sec depuis 1959 dans l’Aude, avec un cumul de… 7 mm.
De l’équité dans le partage, quelles que soient les populations, leurs métiers, leurs usages
"L’eau, c’est la question centrale, redit Kattalin Fortuné. Et ce qu’on prône, c’est le multi-usage, avec de l’équité dans le partage, quelles que soient les populations, leurs métiers, leurs usages. Il faut, et dans cet ordre, sécuriser l’approvisionnement en eau potable ; pouvoir donner à boire aux troupeaux, si on veut mener à bien l’ouverture des milieux en misant sur le pastoralisme ; satisfaire les besoins pour l’irrigation." Autant de priorités encadrées par la nécessaire "préservation de la ressource. Ce qui passe, d’abord, par la connaissance de la réalité de ces ressources, soulève Hervé Baro. Il faut, par exemple, lever ou non le mythe de la rivière souterraine des Corbières."
Une objectivation qui pourra aussi compter sur l’actualisation du schéma de l’eau potable menée avec Réseau 11, et ses 24 M€ de programme pluriannuel pour moderniser et sécuriser l’approvisionnement en eau potable des collectivités Mais aussi par un travail sur l’eau brute, avec le syndicat mixte des milieux aquatiques et des rivières de l’Aude (Smmar) et son projet de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE). Ou enfin dans le cadre du dossier de la ligne à grande vitesse entre Perpignan et Narbonne, avec un hypothétique tunnel de 12 km entre Rivesaltes et Roquefort-des-Corbières, et un potentiel impact sur les ressources du karst.
3,3 M€ pour la politique de l’eau par an pour du stockage d’eau brute"Mais il faut aussi comprendre que l’on parle de ressources en eau plurielles, qui ne sont pas toutes de qualité", relance Hervé Baro. De quoi exiger une vigilance qui devra, pour exemple, s’appliquer à l’objectif de la Région de réutiliser 10 millions de m³ d'eaux usées traitées : une voie qui ne pourra devenir réalité qu’après analyse des bénéfices et des risques sur la ressource ou les écosystèmes aquatiques. Une illustration du travail au long cours qui s’impose, en respectant le fil rouge du multi-usage, entre défense des forêts contre les incendies (DFCI), adduction d’eau potable (AEP), irrigation, abreuvement,…
Un principe qui guide les premières réalisations engagées en 2026. Avec la mobilisation des cuves non utilisées de la cave de Quintillan, engagée par le Département, la chambre d’agriculture et l’État, via le Fonds vert, pour 23 000 € . Mais aussi avec une politique de l’eau financée à hauteur de 3,3 M€ annuellement par le Département, pour penser du stockage d’eau brute, notamment en caves coopératives, en lien avec le service départemental d’incendie et de secours (Sdis) et la chambre, sur neuf sites identifiés : Saint-Jean-de-Barrou, Villesèque-des-Corbières, Montséret, Albas, Bize-Minervois, Roubia, Luc-sur-Orbieu, Roquefort-des-Corbières, Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse.
Il ne faut pas oublier que ce ne sera pas de l’eau gratuite
Ou encore avec des projets hydrauliques, de la restauration de la zone humide de l’étang de Fabre à Lézignan-Corbières à un projet de récupération d’eau pluviale depuis les bâtiments agricoles pour irriguer une plantation d’arbres fruitiers dans le cadre d’une reprise d’exploitation familiale à Durban-Corbières. Une diversité de modes d’action déclinée avec des projets collectifs envisagés à Bouisse, Laroque de Fa, Lairière, Montséret, au plateau de Lacamp et Villar en Val, pour garantir des points d’eau réguliers indispensables à l’abreuvement des troupeaux. "Ce qu’on ne veut surtout pas, ce sont des réponses qui ne soient pas articulées, et que l’on n’aille dans la mésadaptation, insiste Kattalin Fortuné. Un forage, ou une retenue collinaire, pourquoi pas. Mais pourquoi, avec quelle quantité, pour quelle culture, avec quels besoins pour la conduire." Une rationalisation indispensable. Sans oublier un dernier point. Tout sauf un détail : "Il ne faut pas oublier que ce ne sera pas de l’eau gratuite."