Installé en viticulture depuis 2021 à Mailhac, Romain Coutarel figure aussi parmi les agriculteurs audois qui tentent le pari du pistachier. Mercredi 1er juillet 2025, ses terres ont été victimes du feu parti d’Oupia,...
Installé en viticulture depuis 2021 à Mailhac, Romain Coutarel figure aussi parmi les agriculteurs audois qui tentent le pari du pistachier. Mercredi 1er juillet 2025, ses terres ont été victimes du feu parti d’Oupia, dans l’Hérault, et qui a parcouru 900 hectares, touchant les villages de Mailhac et de Pouzols-Minervois. Ce jeudi 2 juillet, Romain Coutarel dresse un premier bilan des terribles dommages subis.
Mercredi 1er juillet, c’est à Narbonne que Romain Coutarel a reçu l’alerte : "J’y étais parti pour faire des courses, et un de mes collègues m’a appelé pour me dire que le feu arrivait." Installé depuis décembre 2021 sur des vignes rachetées à son ancien beau-père, celui qui est aussi vice-président de la cave Les Vignerons de Pouzols-Mailhac exploite 17 hectares en haute valeur environnementale (HVE) sur la commune de Mailhac. Des terres où il a aussi décidé de tenter le pari de la pistache, sur 80 ares, en plantant 150 sujets. Le 5 février 2026, il participait à une journée organisée par le syndicat France Pistache pour présenter la filière et avait mené une visite de sa parcelle. L’occasion d’y présenter "une culture économe en eau et en intrants", forcément adaptée à des terres où les précipitations se font rares : "Depuis 2022, à part les records que l’on a eus ce mois de janvier, on a tourné autour de 400 mm de précipitations par an."
J’ai attelé le tracteur et j’ai travaillé le sol pour protéger les maisons, en attendant que les pompiers arrivent
Mais ce mercredi 1er juillet, ce sont bien les flammes qui ont frappé. Alerté, Romain Coutarel se précipite donc à Mailhac : "J’avais les poules dans les pistachiers, les chiens à la maison. Je les ai récupérés et on est partis à cinq ou six pour sauver les poules. Quand on a levé les têtes, les flammes étaient à 20 mètres." Mais c’est ensuite au village que l’agriculteur a pensé : "Un coup de vent a fait partir le feu vers le village. J’ai attelé le tracteur et j’ai travaillé le sol pour protéger les maisons, en attendant que les pompiers arrivent. Je leur ai ensuite montré le chemin pour accéder aux habitations à protéger." Ce jeudi 2 juillet, l’heure est à un premier bilan. Et à détailler le "désastre" qu’il évoque dans une vidéo tournée dans ses parcelles.
Du côté des pistachiers, 120 des 150 arbres sont brûlés "à 100 %", "une dizaine à 50 %" ; seuls une quinzaine de sujets ont donc été épargnés. Pour les vignes, c’est une parcelle en syrah, pour une sélection caveau, qui a subi le feu. Une attaque malheureusement favorisée par les caractéristiques des lieux : "Ce sont des parcelles en garrigue, parce que c’est là où les terres sont les meilleures." Huit des 30 rangées ont été "calcinées à 100 %", et huit autres ont subi les assauts de "langues de flammes" ou de "l’air chaud" dégagé par l’incendie. Un sinistre qui a aussi réduit à néant "le goutte-à-goutte. Le matériel pour l’irrigation a fondu".
Si on ne parle que de récolte, pour la vigne, c’est 20 000 € de dégâts
Après avoir passé la nuit chez sa belle-mère, à Lézignan-Corbières, "le contrecoup" est douloureux, avec la "fatigue" qui s’abat : "La vie continue, heureusement. Mais ça tourne en boucle depuis hier soir. Tout le travail engagé l’a été pour rien." Et le constat de la lourdeur des dommages subis : "Si on ne parle que de récolte, pour la vigne, c’est 20 000 € de dégâts. Mais si on doit arracher, c’est quatre ans sans récolte… Je suis allé voir les pistachiers et je vais peut-être essayer d’apporter de l’eau massivement pour sauver ceux qui peuvent l’être. La vigne, je ne peux rien y faire." Et la liste des dégâts est longue : "Les filets des parcours pour les poules ont fondu, c’est 150 € par filet ; la clôture électrique pour les pistachiers est aussi à refaire, c’est 400 €."
Et si Romain Coutarel peine forcément à se projeter et à se dire qu’il pourra se relancer, c’est que la situation économique est rude : "Entre le blocage du détroit d’Ormuz, avec l’impact sur les prix des carburants et des intrants, la crise climatique ou la guerre en Ukraine, la trésorerie souffre." Après avoir informé son assurance, l’agriculteur a aussi contacté son banquier, "qui regarde de son côté ce qu’il est possible de faire". Des démarches engagées par celui qui dit "espérer continuer. Mais pour l’instant, je suis dans le flou total".