Le Montpellier Hérault Rugby a trop manqué de réalisme pour espérer l’emporter au finale contre l’ogre toulousain (28-20) en finale de Top 14, ce samedi 27 juin. L’analyse de la rencontre.
Le Montpellier Hérault Rugby a trop manqué de réalisme pour espérer l’emporter au finale contre l’ogre toulousain (28-20) en finale de Top 14, ce samedi 27 juin. L’analyse de la rencontre.
Et à la fin, le sentiment est le même qu’en 2011, peut-être même un peu plus fort : un mélange de frustration et de fierté. Comme il y a quinze ans, le Stade Toulousain a fait respecter la logique face aux outsiders de l’Hérault. Ses 119 ans d’histoire, désormais 25 titres de champion, le quatrième d’affilée, ont été plus forts que le fougueux jeunot montpelliérain de 40 balais, un seul Bouclier dans l’escarcelle mais dont l’avenir peut devenir intéressant s’il arrive à se stabiliser. Puis le MHR a gagné le respect de ses pairs, n’a pas pris la tôlée que 90 % du rugby français lui promettait.
Le staff montpelliérain a eu beau afficher dans le vestiaire toutes les déclarations ou autres titres de presse annonçant une déculottée à venir, ça n’a pas suffi. Certains, avant la rencontre, confiaient même être agacés de recevoir des messages "vous n’avez rien à perdre", comme si le résultat était connu d’avance.
Samedi soir, dans l’étouffante atmosphère du Stade de France, il y a eu match. Le MHR a eu la possession, l’occupation et les occasions. Mais à la fin, comme (très) souvent, ce sont les Rouge et Noir qui l’emportent.
Toulouse cliniqueCette finale a permis de rappeler quelques fondamentaux concernant le jeu toulousain. Oui, ses trois-quarts et son jeu de mouvement impressionnent. Chaque lancement de jeu est une attaque à l’arme blanche, la moindre prise d’initiative provoque le même frisson qu’un coup droit lifté de Rafael Nadal sur la terre battue de Roland-Garros. Mais comment arrivent-ils à une telle efficacité ? Parce qu’avant que les Lebel, Thomas et Barassi étalent leur classe, il y a les grands coups de boutoir des colosses Meafou, Merkler, Willis, Chocobares et Mauvaka. La manière dont ils arrivent à nettoyer les rucks pour accélérer le jeu (et les ralentir en défense) a fait beaucoup de mal aux Héraultais, pourtant prévenus de l’importance de ce secteur. La première mi-temps a été un récital à ce niveau-là, une démonstration de puissance et de réalisme.
Le frisson de la deuxième périodeOn aurait aimé être une petite souris, à la mi-temps, pour savoir ce se sont dit les hommes de Joan Caudullo. Le ton, était-il calme ? Y a-t-il eu une petite gueulante, une remontrance ? Pendant que la bande à Nouchi se ressourçait, mettait des mots sur les maux, la pluie s’invitait sur le Stade de France. Les premiers éclairs électrisaient l’ambiance, comme si le ciel voulait se mêler à la fête. C’est d’ailleurs d’entrée de deuxième mi-temps que la première étincelle montpelliéraine rafraîchissait légèrement le kop toulousain, avec un bijou de percée de Gabriel Ngandebe qui servait sur un plateau Justo Piccardo, par ailleurs auteur d’une prestation majuscule.
La pluie s’accélérait à la même vitesse qu’un léger doute qui s’installait dans les têtes toulousaines. Le tonnerre commençait à gronder. Les Montpelliérains continuaient de camper dans les vingt-deux adverses. Ils avaient beau taper sur un mur, ils continuaient d’insister. Malgré l’interruption de la rencontre pour neuf minutes, ils retournaient au combat et étaient de nouveau récompensés grâce à une action de classe de Léo Coly. Deux essais en vingt minutes, ce n’était pas si cher payé tellement les Cistes occupaient le terrain adverse.
Malgré le ballon glissant, l’abnégation montpelliéraine frappait les esprits. À l’image de leur saison, les Héraultais s’accrochaient à toutes les branches possibles. Les Toulousains laissaient leurs adversaires faire le jeu (ce qui est rare) mais repoussaient tous les assauts, hermétiques à tous les éléments. Pas grave, à Montpellier, on ne baissait jamais pavillon. Mais ce fichu manque de réalisme, qui n’avait pas eu de conséquence en demi-finale contre le Stade Français, a coûté cher face à la meilleure équipe du monde en finale. Le MHR tombe avec les honneurs. Mais il prend date pour la suite. On a hâte la saison prochaine.